
L'artiste
Leslie Laporte est une artiste peintre française dont l'œuvre explore un univers singulier entre réalisme et surréalisme. Par la peinture acrylique, elle développe une écriture visuelle sensible, où les corps, la peau et la chair deviennent les vecteurs d’émotions profondes. Son travail interroge les tensions qui traversent nos perceptions du monde et des corps, notamment féminins: désir, fragilité, mystère et introspection constituent les fils conducteurs de ses compositions.
Diplômée en Histoire à l'Université d'Artois, puis formée à la fabrication d'articles de maroquinerie de luxe, c'est la peinture qu’elle pratique en autodidacte, qui l'a toujours passionnée le plus intensément. Leslie Laporte cultive une approche figurative renouvelée, mêlant finesse du trait et richesse chromatique. Son travail se distingue par une dimension organique affirmée : la matière respire, les formes ne sont jamais figées, elles vivent, se déforment, se répondent. Cette plasticité du vivant devient un langage entre la toile et son spectateur.
Aujourd’hui, elle s’emploie à désarticuler le symbolisme traditionnel en explorant la sensibilité humaine dans son rapport à la beauté féminine et au dégoût. Elle interroge l’attraction et la répulsion, le désir et l’inconfort, dans un dialogue constant entre fascination et altération. Il s’agit de tordre, distordre, démanteler nos conceptions établies afin d’en arracher un sens nouveau. La présence féminine émanant de ses toiles devient récurrente, un terrain d’expérimentation symbolique où s’entrelacent pureté apparente et ambiguïté viscérale.
L’idée et la suggestion sont au cœur de sa démarche. Elle propose au regard une poésie visuelle subtile où chaque toile devient un lieu d’émotion, de questionnement et de dialogue entre des éléments réalistes et des motifs plus oniriques ou symboliques. Son esthétique mêle surréalisme et poésie obscure, puisant dans l’héritage des poètes maudits du XIXe siècle, notamment Baudelaire, dont elle prolonge l’exploration du beau dans ce qu’il contient d’inquiétant et de paradoxal.
A travers ses séries, Leslie Laporte propose une expérience sensorielle où l’image et le symbole, loin d’être descriptifs, agissent comme une révélation intérieure.
À propos de moi
Passionnée par l'art, notamment le dessin depuis mon plus jeune âge, j'ai décidé de me dévouer corps et âme à la peinture au début de l'année 2025. Je touchais jusqu'alors les pinceaux de manière totalement épisodique, pour ensuite les abandonner durant de longues périodes.
Alors que j'avais entendu tout au long de mon adolescence que j'avais "de l'or dans les mains", je n'avais jamais osé considérer la voie artistique comme une carrière assez stable, la jugeant trop incertaine, volatile, imprévisible.
Mais parfois le cœur décide sans permission.
Il a choisi de danser avec l'inconnu.
Et a insufflé en moi l'envie tenace de peindre sans jamais m'arrêter.
Inspirations et fascinations
Une Charogne
Rappelez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d’été si doux:
Au détour d’un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,
Les jambes en l’air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d’une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d’exhalaisons.
Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande Nature
Tout ce qu’ensemble elle avait joint;
Et le ciel regardait la carcasse superbe
Comme une fleur s’épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l’herbe
Vous crûtes vous évanouir.
Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
D’où sortaient de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons.
Tout cela descendait, montait comme une vague
Ou s’élançait en pétillant
On eût dit que le corps, enflé d’un souffle vague,
Vivait en se multipliant.
Et ce monde rendait une étrange musique,
Comme l’eau courante et le vent,
Ou le grain qu’un vanneur d’un mouvement rythmique
Agite et tourne dans son van.
Les formes s’effaçaient et n’étaient plus qu’un rêve,
Une ébauche lente à venir
Sur la toile oubliée, et que l’artiste achève
Seulement par le souvenir.
Derrière les rochers une chienne inquiète
Nous regardait d’un oeil fâché,
Epiant le moment de reprendre au squelette
Le morceau qu’elle avait lâché.
– Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
A cette horrible infection,
Etoile de mes yeux, soleil de ma nature,
Vous, mon ange et ma passion!
Oui! telle vous serez, ô la reine des grâces,
Apres les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous l’herbe et les floraisons grasses,
Moisir parmi les ossements.
Alors, ô ma beauté! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j’ai gardé la forme et l’essence divine
De mes amours décomposés !
Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, 1857
